Un racisme imaginaire

Une mise au point plus que nécessaire : "la culpabilisation permanente face au monde musulman est une impasse, et le multiculturalisme complaisant une imposture". Nous avons la liberté de pouvoir critiquer toutes les religions, l'islam compris, sans pour autant être considérés comme des "islamophobes".

 

Un racisme imaginaire

Islamophobie et culpabilité

 

Pascal BRUCKNER - Grasset

 

L'auteur

 

Né le 15 décembre 1948 à Paris, Pascal Bruckner est un romancier et essayiste français. Issu d'une famille chrétienne, il vit jusqu'à l'âge de 6 ans dans un sanatorium en Autriche. Il étudie notamment chez les jésuites à Lyon, poursuit ses études à Paris, au lycée Henri-IV, à l'université Paris I et à l'université Paris VII, puis à l'Ecole pratique des hautes études.

 

Depuis 1986, il enseigne dans des universités américaines, notamment celle de New York. A compter de 1990, il est maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris. Outre ses activités d'écrivain, Pascal Bruckner est éditeur chez Grasset. Il collabore au Nouvel Observateur, au Monde et à Causeur. Autrefois de gauche, il se revendique maintenant du camp progressiste "malgré l'épaisse bêtise et la bonne conscience qui y règnent".

 

Parmi les oeuvres de cet écrivain prolifique, citons "Le nouveau désordre amoureux (1977)", "Lunes de fiel (1981) adapté au cinéma par Roman Polanski,  "Les voleurs de beauté (1997)", "Un bon fils" (2014).

 

Pascal Bruckner a reçu, entre autres, le Prix Médicis essai, le Prix Renaudot, Le prix Montaigne, le Prix Duménil et le Prix Goncourt.

 

L'essai

 

"L'islamophobie est une invention pour interdire le débat" assène Pascal Bruckner. Son essai part d'un constat : depuis la révolution iranienne de 1979, toute critique de l'islam politique, de ses dérives intégristes et communautaires est systématiquement qualifiée de racisme.

 

Ce livre n'est pas un plaidoyer contre l'islam mais un plaidoyer pour un débat libre et démocratique sur la question des intégrismes religieux, et singulièrement du fondamentalisme musulman.

 

Il aborde aussi un sujet tabou, celui des liens idéologiques entre islamistes radicaux et extrême gauche, faisant des musulmans les nouveaux damnés de la terre, "l'internationale des réprouvés", véhicules utiles de l'abattage du capitalisme.

 

L'ouvrage propose encore des pistes de réflexion et notamment un plaidoyer pour un retour à une lecture contradictoire et apaisée du Coran, le soutien aux musulmans modérés, mais aussi la défense de l'humanisme, de la laïcité et de la liberté d'expression.

 

Quelques extraits choisis

 

"La guerre contre le terrorisme est à la fois une nécessité absolue et un leurre. Tandis que nous affrontons les djihadistes, salafistes, wahhabites et Frères musulmans poussent leurs pions, imposent leurs vues et leurs coutumes vestimentaires, multiplient les provocations, désagrègent l'islam du milieu, écartent les imams modérés. Ils remportent la bataille sémantique et la guerre des esprits. L'islamisme politique, est en train de gagner : 37 ans après la révolution iranienne, il déploie partout ses drapeaux, ses moeurs et conquiert le coeur d'une majorité de croyants. Il traverse toutes les familles et ceux qui le désapprouvent n'osent pas le dénoncer. Même les musulmans européens votent pour lui. Telle est la conséquence du pacte conclu par les autocrates arabo-musulmans, laïcs ou non, avec les fondamentalistes : à nous le pouvoir séculier, à vous la conduite des affaires spirituelles !".

 

"Le multiculturalisme, quand il est de pure convenance, n'est peut-être rien d'autre que cela : un apartheid choisi où l'on retrouve les accents attendris des riches expliquant aux pauvres que l'argent ne fait pas le bonheur : à nous les fardeaux de la liberté, de l'invention de soi, de l'égalité entre les hommes et les femmes, à vous les joies de la coutume, des mariages forcés, du voile, du burkini, de la polygamie, de l'excision".

 

"C'est donc bien à une chasse aux sorcières que nous assistons, menée par les fondamentalistes et leurs alliés marxisants, coalisés pour maintenir l'islam comme un bloc inamovible. Il faut bloquer tout espoir d'une mutation en terre coranique et pourfendre les dissidents. L'accusation d'islamophobie n'est rien d'autre qu'une arme de destruction massive du débat intellectuel.... Le simple fait d'évoquer un "problème" musulman vous vaut les foudres des censeurs et des menaces de procès. Il s'agit donc de flétrir ces jeunes femmes qui souhaitent s'affranchir du voile et marcher tête nue dans la rue, sans se faire traiter de tous les noms, qui veulent épouser ceux qu'elles aiment et non pas ceux qu'on leur impose, foudroyer ces Français, ces Anglais, ces Allemands, ces Italiens d'origine turque, pakistanaise, algérienne, africaine, qui réclament le droit à l'indifférence religieuse et veulent vivre leur vie sans allégeance obligatoire à une communauté de naissance".

 

"Le voile, la burqa, le burkini représentent des instruments de conquête de l'espace public, ce sont des tracts qui appellent à la sédition. Il y a dans cet étalage de signes religieux une certaine forme d'impudeur, puisqu'on y jette au visage des autres sa foi et ses convictions... Le fondamentalisme se joue d'abord au niveau des apparences : à Beyrouth, dans les années 80, certains groupes chiites payaient déjà de jeunes étudiantes près de cent dollars par mois pour qu'elles portent le voile à l'université".

 

" La France est une culture maintenant musulmane. L'islam est une religion française. La langue française est une langue de l'islam. Vous avez la capacité culturelle de faire que la culture française soit considérée comme une culture musulmane parmi les cultures". - Tariq Ramadan, Discours de clôture aux rencontres de l'UOIF à Lille, le 7 février 2016.

 

"Comment ne pas voir que la burqa (ou le niqab), par exemple, outre qu'elle ensevelit les corps dans un linceul, est l'uniforme raciste par excellence puisqu'il dit au monde : vous n'êtes pas dignes de me regarder, vos yeux souilleraient ma nature d'être supérieur. Nombre de pays européens dont l'Allemagne songe à l'interdire ; ils y viendront immanquablement pour raisons de sécurité. S'il doit être sauvé, l'islam le sera par les femmes, partout asservies, encadrées, surveillées, citoyennes de seconde zone, et qui ont tout à gagner en réclamant un meilleur statut".

 

"Chacun fait ce qui lui plaît sans que la puissance publique interfère dans les choix individuels. Mais la juxtaposition de manières de vivre incompatibles ne semble possible que sur le papier. La société ouverte n'est pas la société offerte à tous les vents. La tolérance a des limites surtout quand elle s'applique à des groupes insulaires, fermés à toute évolution, hostiles à tout compromis et qui décident eux-mêmes du juste et de l'injuste, du licite et de l'illicite. Sauf à verser dans l'incohérence, on ne peut aligner des visions du monde radicalement différentes... Des minorités décidées gagneront toujours sur des majorités hésitantes, enrobant leur chantage religieux d'un pavillon libéral".

 

"L'islam fait partie du paysage politique français et européen, il est la deuxième religion du Vieux Monde, et il a droit à la liberté de culte, à la reconnaissance officielle, à la protection des pouvoirs publics, à des lieux de prière et de célébration décents. A condition qu'il respecte lui-même les règles républicaines et laïques, sorte de l'ambiguïté vis-à-vis des intégristes et ne réclame pas un statut dérogatoire en raison de sa singularité. En ce domaine, on l'a dit, il doit jouir des mêmes prérogatives et des mêmes devoirs que n'importe quelle autre confession, ni plus ni moins. Protection des croyants bien sûr, mais aussi protection des incroyants, des libéraux. Comme je le prônais il y a onze ans, nous devrions créer un vaste système d'assistance aux dissidents de cette religion, encourager les voix divergentes, leur apporter un soutien financier, moral, politique, les parrainer, les inviter, les protéger. Il n'est pas aujourd'hui de cause plus sacrée, plus grave et qui engage davantage la concorde des générations futures. Pendant trop longtemps, notre continent, avec une inconscience suicidaire, s'est agenouillé devant les fous de Dieu et a décidé de bâillonner ou d'ignorer les libres-penseurs...".