Tous les mêmes ! Tous pourris ?.

Que ce soit au bistrot du coin, entre amis ou en famille, de plus en plus souvent lorsqu'on parle de la politique et plus particulièrement des politiciens, la réflexion est hélas trop souvent récurrente : « Tous les mêmes ! Tous pourris ! »

Ce jugement abrupt est-il justifié ?
Régulièrement, les médias révèlent une nouvelle « affaire » : corruption, faux en écriture, cumuls, prises d'intérêts illégales, marchés publics truqués, clientélisme effréné, collusions diverses avec les banques et les représentants du grand capital, scandales financiers.
 Et ce, tous partis confondus et à tous les niveaux de pouvoir.

Quelques titres révélateurs du magazine Le Vif l'Express pour le seul mois de mars 2015 :

Numéro 10 du 7 mars :

« Administrations Flamandes : bidules et doublons. »
« Dossier Chodiev–De Decker : que fait la justice belge ? »

Numéro 11 du 13 mars :

« Les réseaux africains du MR. Pourquoi l'Afrique centrale est devenue le terrain de jeu des libéraux pour le business et les règlements de comptes. »
« Lois fourre-tout : comment les politiques nous enfument. »
« Fraude. Elke Sleurs épargne les diamantaires. »
« Maxime Prévot, le boulimique.
»

Numéro 12 du 20 mars :

Ethique : le bal des "faux-culs"

Numéro 13 du 27 mars :

« Diamantaires–Politiques : les liaisons dangereuses. Notre enquête sur la collusion sulfureuse entre un lobby et la rue de la Loi. »
« Mandats : comment le PS–CDH contourne la dépolitisation des cadres. »
« Fraude fiscale. L'ISI dérange-t-elle ? »

Toutes ces révélations dans un seul hebdomadaire ! 
Quels que soient les médias que vous consultiez, le monde politique étale son manque d'éthique.

« Ils ne sont pas tous semblables, il y en a qui sont honnêtes. » Probablement !

Vous vous souviendrez peut-être de cette phrase choc prononcée la main sur le cœur par un président du PS en colère : « J'en ai marre de ces parvenus ! » Qu'en a-t-il été par la suite ? Les parvenus sont restés en place et, si certains ont été écartés des fonctions les plus en vue, ils n'en ont pas moins gardé leur niveau de revenus ainsi que divers avantages.
La loi sur les cumuls votée quelque temps après par les partis de la majorité n'a jamais été respectée et aujourd'hui encore certains continuent de cumuler plusieurs mandats.

Vous pouvez consulter le site http://www.cumuleo.be pour connaître le détail des mandats de tous les politiciens.

Nos « chers » élus instrumentalisent-ils les niveaux du pouvoir ? Quelques exemples !

Ce lundi 13 mars, au JT d'RTL–TVI de 19 heures, on a pu apprendre que le scandale qui avait secoué l'année dernière le Collège Saint-Michel à Bruxelles ou des «gangbangs" avaient été organisés par six mineurs d'âge ne serait probablement pas jugé, une transaction pénale devant intervenir.
Rien de très étonnant mais on se rappelle que l'un des organisateurs était le fils «de »  
 
« Politologue à la VUB, l'Anversois Dave Sinardet est interloqué par les liens à ce point visibles entre le monde politique et le secteur diamantaire depuis 10 ans... on peut légitimement se poser des questions, se demander si cela n'a pas été trop loin, surtout en ce qui concerne la loi sur la transaction pénale. Tout d'abord il y a un risque réel de rupture d'équité, d'introduction d'une justice de classe. Ensuite, les parlementaires doivent se soucier de l'intérêt général. Ici, il semble qu'ils aient privilégié un intérêt particulier avec un texte écrit sur mesure. Si des avocats sont intervenus, on peut même parler de conflit d'intérêts. Enfin, il n'y a pas eu débat démocratique, ce texte important a été adopté en urgence, qui plus est sous un gouvernement en affaires courantes. La création d'un Diamantclub au sein du Parlement interpelle également. » (Le Vif numéro 13 du 27 mars 2015)

Les « dérives » ne seraient le fait que d'une poignée de politiciens immoraux ?
Alors, qu'attend la majorité des politiciens irréprochables pour imposer à tous les élus, et à tous les niveaux, un code de bonne conduite ?

« Éthique : le bal des « faux-culs ».« Dur, dur de s'autoflageller. Comment les députés n'ont jamais cessé de multiplier combats retardateurs et manœuvres de diversion pour contourner, atténuer ou repousser l'idée de s'infliger un code de bonne conduite. » (Le Vif numéro 12 du 20 mars 2015)

Que nous apprend Pierre Havaux, auteur de cet article : « ... ça tangue pas mal de droite à gauche. Le fond de l'air redevient subitement frais sur le terrain politico–financier. D'où l'inévitable regain d'intérêt pour l'éthique en politique. Et l'occasion de se réinterroger sur un certain mélange des genres. Député le jour, avocat le soir : est-ce franchement raisonnable ? Rouler pour une boîte privée quand on est sorti de charge ministérielle, est-ce vraiment honorable ? Règles d'incompatibilité, conflits d'intérêts : on en reparle. » Et de nous expliquer : « Action, récupération... Le Premier ministre s'en est brièvement mêlé : Cela ne nous pose pas de difficultés que le Parlement progresse vers plus de transparence et de capacité à faire la démonstration que les responsables politiques respectent le devoir d'exemplarité qui s'impose à chacun d'entre nous. »  Nous voilà rassurés il y a une volonté du monde politique d'organiser sa déontologie. Mais Pierre Havaux nous fait rapidement déchanter : « Absence chronique de candidats.... Le jour même où Charles Michel s'exprimait ainsi devant les députés fédéraux, le moniteur belge du 5 mars publie un appel aux candidats à siéger au sein de la future Commission fédérale de déontologie. Le cinquième appel du genre lancé depuis l'été dernier. » Cinq appels à candidature pour rédiger un document d'une telle importance et systématiquement la Chambre a fait chou blanc. Où est l'armée de nos " chevaliers blancs ? » Le journaliste s'interroge : « Les QG des partis [seraient-ils] impuissants à activer le réseau et à susciter des vocations. À moins qu'ils ne se donnent le mot pour pratiquer une sournoise politique de la chaise vide. »  Les Écolos s'en inquiètent : « C'est stupéfiant. Cette Commission de déontologie embête beaucoup de monde. Sa création a d'ailleurs été un combat d'enfer. » 

Évidemment dit Pierre HAVAUX : « Sans commission de déontologie en ordre de marche, pas d'outils disponibles pour faire respecter le Code qui lui est associé. Et voilà le bel élan cassé. »  Du côté wallon, au niveau fédéral, c'est encore pis, un réel risque d'embourbement existe. Le journaliste pose alors la question : « De report en report. Se peut-il que le monde politique joue à ce point la montre ?... 17 ans après le premier Code de déontologie adopté par le Parlement flamand, 15 ans après l'ouverture du même chantier au niveau fédéral, le monde politique n'en est plus à un report près. En juillet 2000,... toutes tendances confondues, les parties clament leur soif d'éthique en politique. Et leur ferme volonté d'œuvrer à la déontologie du mandataire politique. »  Peu à peu, ce projet est vidé de sa substance, c'est ainsi que disparaît la déclaration sur l'honneur de régularité fiscale.
La proposition est même jugée indécente. « Au final, pas de sanctions à la clé en cas d'écart de conduite d'un élu. Rien que des avis individuels confidentiels ou des recommandations à caractère général. » 
« Les élus accumulent les raisons de ne jamais trop s'emballer, lorsqu'il est question de mieux cadrer la déontologie. Trop compliqué à légiférer, juridiquement hasardeux, trop inquisitoriale, infantilisant, tracassier, inutilement mesquin et vexatoire. » 
Tous les moyens et toutes les excuses sont bons pour que ce Code de bonne conduite ne voie jamais le jour. 
Déjà en octobre 2007, Ann-Lawrence Durviaux, professeure en droit à l'Université de Liège, rassure : « La tâche n'a rien d'insurmontable, il faut dépasser les slogans et les proverbes et se doter d'une véritable volonté de légiférer en la matière. Il y aura là un travail à réaliser qui permettrait de dissiper les suspicions pesant sur le monde politique en matière d'éthique. » Hélas, voilà huit ans que sa voix s'est perdue dans le désert.

Alors citoyens, quid de nos représentants qui, par peur de perdre leurs émoluments et privilèges, se placent au-dessus des lois, refusent que vous exerciez le moindre contrôle sur leurs agissements ?

N'est-il pas temps d'exiger de tous les partis politiques, quels qu'ils soient, qu’ils se penchent sur la rédaction de ce Code de bonne conduite et sur ses arrêtés de mise en application immédiate ?

Ce Code de bonne conduite ne doit pas être de la poudre jetée aux yeux des citoyens. Il doit à tout le moins comporter une déclaration sur l'honneur de régularité fiscale, la publication avant mandats et après mandats du patrimoine mobilier et immobilier, le respect du non cumul des fonctions (1 élu = 1 mandat), l'impossibilité de se dire « empêché » (dans ce cas, obligation de démissionner du poste que l'on occupe avant de pouvoir en occuper un autre). Ce Code doit aussi prévoir des sanctions en cas de non-respect de l'une ou l'autre de ces clauses, celle a minima étant le remboursement intégral de l'indemnité perçue par l'élu durant la durée du mandat au cours duquel la faute aurait été commise.

Tous les mêmes ?
À vous de juger. 
Nous, nous trouvons qu'il est interpellant et plus qu'inquiétant qu'en 15 ans, un Code de bonne conduite, sérieux et sévère, n'ait pas encore pu voir le jour.

Mais vous n'êtes pas obligés de penser comme nous.

Commentaires

Dans son n° 19 du 8 mai 2015, Le Vif-L'Express, dans un aticle intitulé "L'éthique en politique manque de bras", nous apprend :"Et de six !La Chambre persévère, en republiant la petite annonce pour la sixième fois : sa commission parlementaire de déontologie cherche candidats, de plus en plus désespérément...autant d'appels à siéger parus au Moniteur belge, tous restés lettre morte...Sans commission de déontologie en ordre de marche, pas de code de déontologie à activer. C'est très embêtant."

Nous allons finir par croire qu'il faudra répondre par "OUI" à la question posée en titre de l'article : "Tous les mêmes ! Tous pourris ?".