Quand les banques commettent des hold-up

« Hier en fin de matinée, quatre individus lourdement armés ont attaqué le siège de la Banque X situé au centre-ville. Les malfrats se sont emparés d'une somme évaluée à plusieurs centaines de milliers d'euros. »

Voilà le genre de nouvelles auxquelles nous sommes, hélas, souvent habitués. Mais depuis le début 2016, les choses ont changé et vous pourrez peut-être bientôt lire à la une de vos quotidiens : « Une banque a braqué ses clients. » Si l'info est diffusée un 1er avril, vous pourrez en sourire en pensant qu'il s'agit d'un canular. Détrompez-vous, c'est bien la triste réalité.

« Depuis le 1er janvier 2016, les banques européennes peuvent ponctionner l'épargne de leurs clients pour « se recapitaliser en cas de crise ». En clair : votre banque, si ses dirigeants ont vidé les caisses, pourra s'emparer directement d'une partie de votre épargne. Une situation qui pourrait bien survenir à court terme, quand on sait que « 70 % des banques européennes sont en état de quasi faillite » comme l'indique Charles Gave, économiste, président de Gavekal Research. » (*)

Comment une telle chose est-elle possible ? Tout simplement par ce que : « Ce racket a été planifié depuis 2013, au travers d'une directive, acceptée et votée par le parlement européen le 11 décembre 2013. Les 22 parlementaires européens d'origine belge ont voté cette ignominie comme un seul homme ! La date n'est pas innocente : en décembre, le citoyen à d'autres centres d'intérêt que l'actualité poussive du Parlement européen. » (*)

Mais que prévoit cette directive ? Il s'agit d'un mécanisme de « bail–in » (renflouement interne) en opposition au « bail–out » (renflouement externe, par l'État) pour renflouer les banques proches de la faillite. «Ce ne sera plus l'argent public,  comme ce fut le cas pendant la crise de 2008, qui viendra recapitaliser les banques, mais l'épargne de leurs clients. » (*) Quand on sait que l'épargne belge représente à elle seule plus de 250 milliards d'euros !

« Le mécanisme est simple. Les premiers à payer seront les actionnaires des banques, puis les détenteurs d'obligations, et enfin les déposants. Ils devront couvrir au minimum 8 % des pertes de la banque. Au-delà, il sera fait appel aux fonds nationaux de résolution, abondé par le secteur bancaire. Chaque État membre est en effet tenu de mettre en place des fonds de résolutions nationaux qui devront atteindre un niveau de 1 % des dépôts couverts dans les 10 ans. » (*)

Le texte adopté est, et c'est le moins qu'on puisse dire, flou et ambigu. En principe, les plus petits épargnants ne devront pas participer au renflouement interne, leurs dépôts étant garantis jusqu'à 100.000 €. « Au-dessus de cette somme, ajoutent les comploteurs, les personnes physiques et les petites et moyennes entreprises bénéficieront un traitement préférentiel par rapport aux autres créanciers. Ça ou rien... » (*) Ce texte peut donc être interprété comme bon le semble aux banquiers ! Rien ne garantit que le plafond de confiscation de 8 % défini par l'accord européen ne soit dépassé et même très largement. À titre d'exemple, en 2013, à Chypre, les dépôts supérieurs à 100.000 € ont été taxés à 37,5 % et dans certains cas particuliers jusqu'à 60 %.

« Cette honteuse disposition permettra aux banques de continuer à spéculer sans la moindre contrainte, laissant la facture de leurs manigances aux contribuables. » (*)

Le journal publie la liste de 19 des députés européens (sur 22) qui ont voté cette directive sans en informer les citoyens :

pour le PS et le SPA : Marc Tarabella, Frédéric Daerden, Véronique De Keyser, Kathleen Van Brempt, Saïd El Khadraoui

pour le CDH et le CD-NV : Ivo Belet, Jean Luc Dehaene, Mathieu Grosch, Anne Delvaux, Marianne Thysen

pour le MR et l'Open VLD : Louis Michel, Anne-Marie Neyts, Frédéric Ries, Guy Verhofstadt, Philippe De Backer

pour Écolo et Groen : Frieda Brepoels, Isabelle Durant, Philippe Lamberts, Bart Staes.

Les connaissez-vous tous ? Pourtant ils bénéficient d'un salaire avoisinant les 30.000 € (50.000 € pour certains) mensuels et profitent d'une scandaleuse pension. « Alors, on se dit que ça va faire mal quand leur banque va pomper dans leurs économies. Eh bien, non ! Ils se sont voté une disposition qui les met à l'abri d'une telle mésaventure. » (*)

Voilà, aussi, à quoi sert l'Europe : favoriser le pouvoir de la finance grâce à la complicité de politiciens. On ne s'étonnera plus dès lors du nombre croissant d'eurosceptiques qui remettent en cause l'existence même de l'Europe dont trop souvent la seule préoccupation ne semble être que l'argent. Dans les autres domaines, tels l'immigration, la défense, la sécurité sociale, l'écologie, etc, les députés européens paraissent bien peu soucieux d'aboutir, inféodés qu'ils sont aux banques et à leurs dirigeants.

Le fossé se creuse de plus en plus entre les députés européens et les citoyens qu'ils sont censés représenter. Alors que la création de l'Europe était synonyme de progrès et d'amélioration du bien-être pour tous, dans les faits, il apparaît comme un cruel retour en arrière au temps où le fait du prince s'imposait à la plèbe. Il appartient à chacun d'être attentif aux décisions qui sont prises au niveau européen et de faire connaître son désaccord quand il y a lieu.

Suivant l'exemple des députés, alors que la crise sévit dans tous les pays, parfois dramatiquement (il n'est que voir l'exemple de la Grèce), que le chômage stagne voire progresse, qu'en Belgique un saut d'index a été imposé aux salariés, les fonctionnaires européens viennent de décider d'augmenter leurs salaires de 2,4 %. Dont coût total pour les citoyens européens : 100 millions d'euros. À quand un nouveau champ révolutionnaire : « Ah ça ira, ça ira, les eurocrates à la lanterne ! » ?

Mais rien ne vous oblige de penser comme nous

Vos commentaires sont les bienvenus.

(*) UBU PAN numéro 3704 du 6 janvier 2016.