Les responsables politiques ont-ils encore une idéologie ?

« Nos responsables politiques fluctuent au gré des attentes de la population et tiennent un discours de plus en plus creux » 
Les partis doivent s'adapter à une demande ponctuelle, conjoncturelle, ils doivent rester continuellement adaptés à la demande des citoyens aujourd’hui devenus davantage des consommateurs de la politique que des citoyens.
Les partis doivent aussi composer avec la défiance croissante des citoyens à l'égard de la politique et du système nommé « particratie ».
Les citoyens surveillent les politiques en temps réel via les médias et les réseaux sociaux, ils constatent également le népotisme et les courtisans du parti au pouvoir. 
Le plus bel exemple est probablement le cas de Forza Italia et de BERLUSCONI en Italie. C'est un parti qui reprenait les couleurs nationales, le slogan des supporters de foot...
Il a bâti un univers presque dépolitisé, qui se focalisait sur le changement, sur la rupture avec la politique classique, exactement comme la N-VA : c'est une offre politique antipolitique...comme dans le monde commercial, on est à la recherche de ce qui fonctionne sur le marché.
Les partis ne restent plus fidèles à 100 %  à une idéologie séculaire, ils vont plutôt butiner, prendre ce qui marche à gauche ou à droite... On tient compte des aspirations des gens… c’est le populisme de marché !
Il devient extrêmement difficile de changer le pays, de faire des réformes en demandant des sacrifices... 
Ce qui préoccupe le plus les gens, et ce dont les politiques se font le reflet, c'est l'emploi, le pouvoir d'achat, la croissance, tout ce qui permet de consommer.
Les leaders actuels des partis politiques sont devenus les incarnations d'une aspiration collective plutôt que des responsables fixant un cap....

Décidément, la politique est un sport compliqué, voire dangereux.

Des lois votées à la hâte  avec les meilleures intentions du monde se révèlent à
l'usage,  porteuses de conséquences budgétaires, sociales, économiques imprévues voire catastrophiques.
Des solutions simples qui paraissent limpides au café du commerce ne parviennent pas à trouver une expression législative, elles sont proclamées irréalisables ou   bien on les retrouve, in fine, complètement dénaturées car elles ont dû subir entretemps l'intervention de lobbies  économique (financier, patronal, industriel, agricole,  syndical, corporatiste...), socio culturel (politique, religieux, écologique...) puissants, influents, voire parfois corrupteurs.

C'est ainsi qu'une réforme limpide, nécessaire, urgente, se retrouve parfois torpillée, remise aux calendes grecques en raison de la guéguerre que se livrent les diverses tendances politiques.
 
Le catalogue des promesses non tenues par nos représentants, toutes tendances confondues, ressemble à une longue litanie qui n'a d'égale que celle des mauvais coups administrés en douce, et toujours pour la bonne cause, aux citoyens qui finissent souvent par se considérer comme des vaches à lait.

L'Etat est impécunieux, il faut se serrer la ceinture mais une certaine langue de bois empêche le citoyen de base d'évoquer les prébendes que s'octroient quelques  membres du sérail car il passerait alors  pour un vil poujadiste.
Entendons-nous bien, la dénonciation des excès de certains n'implique toutefois pas qu'on doive financièrement réduire nos élus à la portion congrue car ce serait là laisser la porte ouverte à toutes les entreprises de corruption  à leur égard...tout le monde n'est pas Caton ou Robespierre. 
Hélas, même bénéficiant des rémunérations adéquates, certains élus restent corruptibles...
Il faut se garder toutefois des généralisations et des amalgames, et reconnaître qu' être homme politique est un métier dur mais passionnant, que la plupart de nos représentants mus par le sens du devoir à la collectivité qui les a élus, remplissent leur fonction  honnêtement, honorablement, en payant souvent de leur personne, en y sacrifiant parfois une bonne part de leur vie familiale.
Que le personnel politique doive s'entourer d'experts est une nécessité mais il n'est pas interdit de dénoncer la cohorte  des courtisans qui gangrène les cabinets ministériels et une part non négligeable de l'administration.
 
Il n'est pas non plus interdit de dénoncer le clientélisme avec ses obligés à tous les niveaux de pouvoir.  La politique ressemble parfois à un jeu où rien n'est gratuit,  où chacun tient l'autre par la barbichette, mais où en fin de compte personne n'a envie de rire. 
Toute personne dans une administration, depuis le guichetier jusqu'au directeur général, dispose d'une parcelle de pouvoir. Tout se passe comme si chaque membre de cette structure disposait d'un robinet, un petit goutte-à-goutte pour les étages inférieurs, une vanne à gros débit pour les dirigeants.
Par ces robinets passent les subsides, allocations, transferts.
L'ouverture du robinet est certes gérée et réglée par une série de lois mais les lois ne sont jamais parfaites et une part  souvent petite mais quand même parfois importante du débit restera soumise à l'arbitraire du détenteur du robinet.
Il est important de maintenir fermement sous tutelle  les détenteurs de pouvoir qui ne sont pas directement soumis à la sanction populaire...

Certaines administrations, parastataux, entreprises publiques finissent par constituer des blocs opaques échappant à tout contrôle.
Au nom d'on ne sait  quelle pudeur devrait-on taire cet état de choses?
Parmi les monstres du Loch-Ness resservis avant chaque élection figurent la création de l'école nationale d'administration et la dépolitisation des nominations...
Promesses, promesses  comme chantait Dalida !
Les hommes politiques n'ont pas tous les torts : le scrutin proportionnel, s'il permet une représentation exacte de l'éventail des options  des citoyens,  empêche l'  élaboration de politiques cohérentes et efficaces. Chaque tendance voudra y retrouver son point de vue et toute loi idéologiquement sensible finira par devenir au mieux un melting pot a-convictionnel  à  la pacte scolaire, auquel on rajoutera éventuellement par la suite quelques couches supplémentaires afin de bien cadenasser le système et d'y empêcher une modification ultérieure.
Malheur alors à l'élu  impertinent, de quelque bord qu'il soit, qui s'aviserait naïvement  de vouloir détricoter de telles pelotes à l'intérieur desquelles un certain nombre de parasites ont leur royaume.

L’hypocrisie nécessaire en politique

Quel ministre des Finances dira que la situation financière du pays est alarmante au risque de stopper les investissements et faire fuir les candidats investisseurs ?
Ne préférera-t-il pas dire que la situation est sous contrôle ?

“La véracité n’a jamais figuré au nombre des vertus politiques" - H Arendt

Le mensonge, lorsqu'il est organisé de façon systématique, constitue une arme politique extrêmement efficace" - Hannah Arendt

Lorsque Theo Francken proclame au Parlement qu’il garantit qu’il sera un secrétaire d’Etat poursuivant l’intérêt du pays et avec un grand respect pour tous,…
Quand Olivier Chastel, Président du MR dit qu’il ne faut pas sabrer dans les dépenses ou prestations sociales mais réfléchir à la manière dont elles doivent progresser…
expriment-ils  leurs convictions profondes ?

Peu importe, tous partis politiques confondus, les responsables politiques sont mus, à des degrés très variables c’est vrai par des motifs tels que le goût de la gloriole, la passion du pouvoir, la loyauté envers leurs électeurs ou ceux qui ont financé leur campagne, une conception de la justice, l’intérêt personnel…
Le poids de chacune de ces motivations est au second plan car c’est l’obligation de dire qu’il poursuit l’intérêt de tous qui est au premier plan.
Que la distance entre le premier et le second plan soit plus ou moins importante, l’élu pratique l’hypocrisie dans tous les discours officiels et c’est très bien ainsi car cette hypocrisie est nécessaire.
En effet, ces déclarations publiques font ainsi allégeance à la justice et au bien commun.

Mais il faut que l’opposition politique, la presse exigent la clarté sur les décisions prises et dénoncent les écarts entre les actes et les paroles et attirent l’attention sur les intérêts légitimes de la coalition au pouvoir.

La presse, l’opposition doivent pratiquer aussi l’hypocrisie et être compétentes, intègres, inquisitives mais équitables, capables de dénoncer mais aussi de reconnaître les promesses tenues et non pas défendre uniquement leurs propres intérêts.

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La liberté d'opinion est une farce si l'information sur les faits n'est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l'objet du débat - Hannah Arendt

Commentaires

Article très bien écrit, tout est dit !! C'est un plaisir de vous lire...

Retrouverons-nous encore un "réel" Parti politique défendant ses propres valeurs et non des partis faisant de la figuration pour le beau plaisir des citoyens ? Pour exemple: Le socialisme n'est plus ce qu'il était...au grand bonheur du PTB-Go. Ne sommes-nous pas face à une nouvelle crise politique ? 

Bien à vous.

Louis Salvi